Islam et conservation

Les communautés nomades peuplant la région de Termit/Tin Toumma sont toutes musulmanes, islamisées depuis plus ou moins longtemps selon des histoires de chacunes. Quelle est la place de la faune sauvage dans l’Islam ? Dans les croyances traditionnelles ? Comment la thématique de conservation peut s’intégrer à ces visions ?

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Le caractère sacré de la vie est un point sur le quel toutes les religions du monde s’entendent. Dieu le créateur dans son immense gloire et clémence a créé l’homme après avoir créé les conditions nécessaires à sa survie c’est-à-dire les ressources naturelles qui sont la terre ferme, l’eau, la flore, la faune. La cœxistence paradisiaque de l’Homme avec la faune sauvage dans le jardin d’Eden avant son expulsion fait l’objet encore de beaucoup d’illustrations. L’histoire de la conservation ne date pas de notre époque en effet la bible et le coran nous apprennent que lors du déluge DIEU le miséricordieux, lui qui connaît la fin à partir du début, ordonna à Noé d’emporter avec lui dans son arche, toutes les espèces d’animaux par couple ainsi que les variétés des plantes car dans son omniscience, Dieu sait que la vie de l’homme nécessite cette cœxistence. La faune occupe une place importante dans la religion musulmane, à tel point que tout un chapitre (an ahal ou l’abeille) du coran porte le nom de l’abeille cette petite mouche à qui Dieu a ordonné de sucer le nectar de différentes plantes et d’en faire un remède « le miel », pour l’homme contre des nombreuses maladies. Aujourd’hui encore les chercheurs du monde entier n’ont pas fini de découvrir les vertus du miel. La science a connu d’énormes progrès en médecine grâce à l’utilisation de la faune sauvage comme cobaye, notons entre autre que c’est grâce à un crapaud du désert que les recherches embryologiques chez la femme ont connu un progrès considérable. Plus de 70% des comprimés que nous consommons viennent de la flore et de la faune. En Afrique la pharmacopée traditionnelle occupe une place de choix en milieu rural : les vertus anti-rhumatismaux de la graisse du lamantin sont reconnus chez les sorkos du fleuve Niger. Chez les pasteurs du Termit et de l’Aïr, la graisse de l’autruche est un baume efficace en cas de fracture et de céphalées.

L’omniprésence de la faune dans les contes et légendes Toubou est une dimension culturelle incontestable. Les animaux sauvages animent également nos croyances par exemple les Toubous associent la pluie à la présence de la faune. Il est partout connu en milieu rural au Niger que l’arrivée des cigognes d’abdim est annonciatrice de la saison des pluies.

Malheureusement malgré l’importance, religieuse, culturelle, et scientifique de la faune, elle est menacée de disparition à plus ou moins long terme dans la région du Termit. Certes la sécheresse à contribuer à la destruction des habitats et à la modification des équilibres des écosystèmes, mais le véritable responsable de cette destruction est l’homme qui avec ses moyens de transports de plus en plus perfectionnés et sa force de frappe toujours plus performante lui permettent d’accéder aux zones les plus reculées.

Dans notre société traditionnelle, la faune a toujours été comme un don de Dieu, une ressource inépuisable. Son exploitation s’effectue alors d’une façon anarchique, sans aucun souci de pérennisation des espèces. La faune est belle et bien une ressource épuisable, l’histoire des pigeons passagers (Ectopistes migratorious) est édifiante à ce sujet : les pigeons passagers ont existé sur le continent Américain et ils étaient les plus nombreux de toutes les espèces d’oiseaux. Le grand ornithologue « alexandre wilson » avait observé vers la fin des années 1700 une migration des pigeons passagers qui passaient au dessus de sa tête pendant quelques heures. L’ornithologue a estimé la longueur du groupe à 250 km de long et 1 km de large. Ils étaient tellement nombreux qu’ils couvraient le ciel lors de leur passage. Personne ne pouvait croire que les pigeons passagers pourraient disparaître un jour, mais hélas ils ont été massacrés pour la consommation et déjà en 1910 le dernier individu en liberté a été tué. L’espèce s’est définitivement éteinte en 1914 avec la mort de « Martha » ; une femelle en captivité dans le zoo de Cincinnati aux Etats Unis. Un organisme unique venait de disparaître à jamais du monde des vivants, par la seule responsabilité de l’homme. Aujourd’hui, nous ne pouvons voir le pigeon passager que dans les livres.

Plus récemment au Niger dans la réserve naturelle de l’Aïr et du Ténéré, un peu avant les années 1990 (avant le début de la rébellion), la population d’autruches à cou rouge (Struthio camelus camelus) était estimée à plus 10.000 têtes, mais de nos jours après les évènements douloureux de la rébellion il n’en reste plus qu’une dizaine en captivité à Iferouane. C’est cette situation qu’il faut éviter à la région de Termit où subsiste encore de la faune sauvage tels que la gazelle dorcas, la gazelle dama, l’Addax (dont le Niger a la lourde responsabilité de posséder la dernière population viable en liberté), chacal, hyène, fennec etc. Les causes de la régression de la faune sont multiples ; en effet les périodes de sécheresse aggravée qu’a connues l’Afrique sahélienne au cours des années 70 (71-74) et 80 (81-84) ont réduit les pâturages disponibles et ont fait disparaître les points d’eau. La faune sauvage affaiblie est obligée de se confiner dans les régions les moins productives du pays. Cette situation a entraîné une mortalité importante. Les populations n’ont ensuite pas pu assurer le renouvellement démographique habituel, en particulier les grandes espèces à gestation longue.

A toutes ces situations défavorables pour le développement et l’épanouissement de la faune, il faut ajouter le braconnage des autorités politiques et des militaires et la chasse faite par des personnaltités étrangères à l’aide d’armes de guerre. Des milliers d’animaux sont abattus sans respect de l’âge, de la taille, de la période. Tout troupeau rencontré est systématiquement abattu au mépris de l’art de la chasse. Ce comportement irresponsable et incivique a eu un choc brutal dans la reconstitution du cheptel à gestation courte.

De ces faits, il ressort que, malgré la fermeture de la chasse de 1972 à 1998, 90 % de la grande faune du Niger a disparu. Il ne reste plus que 10 % de ce qu’elle était avant la fermeture. La disparition est à la fois qualitative et quantitative. Plus de 90 % du reste se trouve actuellement dans les aires protégées. Ces aires protégées prennent de ce fait une importance très particulière et devraient être l’objet de mesures de protection et de moyens importants aussi bien de l’Etat Nigérien qui a la responsabilité de cette richesse naturelle, que de la communauté internationale.

Contribution d’HAROUNA Abdoulaye




M-à-J : mercredi 5 octobre 2011