Le projet ASS avec la collaboration d’aviation sans frontières - ASF a réalisé un recensement aérien du 20 au 27 novembre 2007. Ce document détaille la méthodologie et les résultats obtenus grâce à ce survol aérien et conclue sur les potentialités au niveau de la mise en place de l’aire protégée et de la gestion qui y sera menée.
1 - Objectifs principaux du recensement aérien
L’objectif principal d’un tel dénombrement reste la mise en œuvre d’un plan d’action pour la conservation de la faune et des habitats dans le Termit – Tin Toumma. Les objectifs sont basés sur deux aspects principaux qui peuvent être déclinés en sous-thèmes :
Composante écologique
Avoir une estimation (la plus fiable possible) des effectifs de faune à un temps τ sur l’ensemble de la zone d’étude.
Caractériser les grandes unités paysagères de la zone d’étude.
Avoir une estimation des effectifs de faune à un temps τ au niveau des grandes unités de paysage.
Connaître la qualité des habitats au niveau de ces unités.
Mettre en relation ces habitats avec la distribution et la densité relative de faune.
Composante anthropique
Connaître l’impact des activités anthropiques sur la distribution et la densité de la faune.
Connaître les effectifs d’animaux domestiques sur la zone d’étude.
Connaître les infrastructures anthropiques dans la zone d’étude,.
Connaître les intrusions d’activités perturbantes dans la zone d’étude.
Mettre en relation chacun de ses éléments liés aux activités anthropiques
2 - Méthodologie
Choix de l’échantillonnage
La zone de Termit – Tin Toumma est particulièrement vaste, il s’agit de 10 millions d’hectares. Le choix de la zone de survol est basé sur 6 années d’observations effectuées par les équipes du ME/LCD, SCF, GISS et plus récemment du projet ASS. Concernant l’échantillonnage en lui-même, soit la disposition des transects (orientation, longueur, point de départ & espacement), cela repose sur une analyse précise des avantages et des inconvénients des différentes options possibles en fonction des objectifs principaux. Les transects qui ont été finalement retenus représentent un choix optimal pour obtenir des informations se référant aux objectifs décrits plus hauts.
Au niveau de l’analyse, plusieurs critères ont été retenus : la probabilité de rencontre l’ensemble des espèces de faune observables (gazelle dorcas, gazelle dama, mouflon à manchette, addax), la distribution des "infrastructures" anthropiques existantes, la disposition des unités de paysage étudiées par image satellite, la direction du vent et le taux de comptage potentiel.
D’autres paramètres entrent en jeu tels que le temps de comptage. En effet, en milieu saharien il est fortement conseiller de ne pas dépasser 4 – 4h30 de vol par jour, car avec les secousses et la chaleur, la concentration des observateurs, de l’enregistreur et du pilote peut s’en trouver altérée.
La zone de survol couvre 23 572 km². Elle s’étend de l’erg du Ténéré (5 769 km²) au désert du Tin Toumma (13 102 km²) en passant par le massif de Termit (4 701 km²). Les transects sont espacés de 10 km les uns des autres. En s’appuyant sur la méthode de référence de Norton-Griffiths pour le comptage aérien, nous avons considéré une bande d’1 km soit 500 mètres de part et d’autre de l’avion. Cette distance est matérialisée par une bande adhésive placée sur les fenêtres au niveau des observateurs, selon la méthode détaillée dans l’ouvrage "Counting animals".
Pour le recensement des effectifs de faune, on ne considère donc que 10 % de la zone de survol, ce qui correspond à la zone échantillonnée et on extrapole à partir des données recueillies sur l’ensemble de cette zone.
Analyses des données
Les logiciel SIG ArcGis © et Surfer8 © ont été utilisés pour la représentation et l’analyse des données spatialisées. En raison de la surface importante de la zone de survol et de la densité présumée faible de la population d’addax (de l’ordre de 128 à 218 individus estimés lors du précédent recensement aérien, Planton & Ascani 2004, Wacher et al. 2004a), nous avons anticipé dans les méthodes de calcul sur des échantillons de petites tailles. C’est pourquoi, la méthode du logormal (logarithme normalisé) a été utilisée pour définir les intervalles de confiance sur les données récoltées dans la zone échantillonnée pour déterminer la taille des populations d’espèces ciblées pour ce recensement. Cette méthode a déjà été testée lors d’un recensement précédent réalisé par le GISS (Wacher et al. 2004a).
3 - Résultats
Météorologie
Les conditions d’observation ont été généralement bonnes voire excellentes tout au long du recensement. Les températures ont varié de 20oC en moyenne au lever du soleil à 32oC en début d’après-midi. L’humidité relative est restée bien en dessous de 30% presque en permanence avec un point de rosée bien en deçà de la température ambiante tout au long de la mission.
Les vents prédominants de nord-est se sont levés la plupart des matins atteignant à 10h une vitesse moyenne au sol de 20-25 km/h et allant régulièrement au-delà de 30km/h. La poussière associée au vent nous a contraint à rester au sol le 23 novembre, mais dans l’ensemble cela n’a pas eu de conséquence sur les observations les autres jours. L’influence du vent sur la vitesse au sol a joué un rôle au niveau des conditions d’observation.
Survol effectif
En ne considérant que les survols au niveau des transects, soit en ne tenant pas compte des boucles hors transects, la distance totale se référant aux 14 transects couvre 505,8 km au dessus du bloc du massif de Termit et 1400,9 km au dessus du bloc du Tin Toumma. Après avoir comparé l’altitude moyenne pour chaque transect avec l’altitude moyenne du sol, nous permettant d’estimer la fraction ou le pourcentage de la zone échantillonnée par rapport à la surface totale, on peut considérer que l’échantillon couvert par le survol correspond à 10,9 % (1427/13102) du bloc Tin Toumma, où les conditions de vol étaient convenables. Le même pourcentage de la zone échantillonnée a été utilisé pour estimer les populations au dessus de Termit, bien qu’il soit apparu évident que la méthode utilisée pour le recensement pour ce genre de terrain montagneux n’est pas la plus adéquate car les conditions d’observations ne sont plus idéales.
Les transects ont fortement été affectés par le vent. La vitesse moyenne au sol dans le sens sud-ouest (jusqu’à 191 km/h) était quasiment le double dans l’autre sens nord-est au dessus du Tin Toumma. En conséquence, la vitesse du vent pouvait atteindre 40 à 45 km/h dans le sens SO dans le Tin Toumma. Au niveau du massif de Termit, on obtient 35 km/h pour la vitesse du vent avec la même méthode de calcul.
L’habitat
Une évaluation visuelle de la végétation à 2 minutes d’intervalle (de manière systématique à partir du transect 3) a permis d’obtenir une cartographie qualitative des principaux éléments de végétation. En observant attentivement la carte, on constate une forte association entre les espèces ligneuses arbres et arbustes (Acacia tortilis, Maerua crassifolia, Salvadora persica) et le massif de Termit. Des bosquets isolés et des arbres seuls ont été reportés avec une fréquence importante dans les zones d’affleurements rocheux notamment dans la partie septentrionale du Tin Toumma. Les arbres sont également nombreux dans la partie méridionale du Tin Toumma au niveau des Dillias reflétant l’influence de la bande sahélienne.
La plus grande concentration de touffes de pâturage (Stipagrostis vulnerans and Cornulaca monacantha) est associée avec la partie centrale du Tin Toumma.
La partie nord du bloc Tin Toumma se caractérise par une couverture relativement pauvre de végétation dans le cadre de ce recensement, particulièrement dans une large zone comprise entre le puits de Sountel et le monument du crash du DC 10 de l’UTA.
Dans la partie nord ouest de Termit, se trouve un vaste champ de barkhanes avec des structures de dunes extensives différentes de celles trouvées dans le Tin Toumma. La couverture végétale y est relativement importante et de bonne qualité dans les nombreuses dépressions dunaires.
Les activités anthropiques
Au niveau des activités anthropiques, les infrastructures, les tentes des nomades ainsi que leur cheptel ont été recensés lors des survols. Nous avons noté les informations liées aux traces de véhicule et également celles concernant l’exploration pétrolière telles que la présence de tubes, piquets ou pneus.
Sans surprise, les camps de nomades se situent à proximité de la zone des puits le long de la frange occidentale du massif. Les observations de petits ruminants sont également associées cette zone.
Les gazelles dorcas – Gazella dorcas
483 gazelles dorcas réparties dans 179 groupes ont pu être observées pour l’ensemble du survol. La taille moyenne des groupes varie entre 2 et 3 individus, avec comme observations les plus fréquentes, des couples et des individus seuls. Le plus grand groupe rencontré était composé de 11 individus. On notera qu’un faible nombre de jeunes (7) ont été identifiés depuis les airs.
Gazelles dama – Gazella dama
Aucun signe de gazelle dama n’a été perçu depuis les airs ou à terre lors de la mission en novembre 2007. Ceci démontre la préoccupation toujours plus grande concernant cette espèce qui est probablement au seuil de l’extinction dans le massif de Termit si ce n’est déjà éteint.
Addax – Addax nasomaculatus
Un total de 71 addax répartis en 11 groupes ont été observés lors de cette mission destinée au recensement aérien.
Reproduction et organisation sociale : les données sur la composition des groupes ont été dans un premier temps collectées à partir de zooms de photos. Les critères d’âge et sexuels reposent sur l’expérience des experts avec des éléments comparatifs comme notamment les photos d’addax nés en captivité ou en semi captivité. Le recensement nous a permis de dénombrer 12 jeunes de l’année (17%) sur les 71 observés, confirmant que la population se reproduit.
Mouflons à manchettes – Ammotragus lervia
Aucun mouflon n’a été vu depuis les airs. Un jeune mâle adulte a pu être observé de manière fortuite lors d’une reconnaissance pédestre et de nombreux indices de présence tels que des empreintes ou des fèces ont été recensés localement sur les plateaux dans le cœur du massif de Termit.
Estimation des effectifs de la population
L’estimation a été effectuée sur le bloc de Termit et de Tin Toumma séparément pour les dromadaires, les gazelles dorcas et les addax. Les résultats pour les dromadaires et les gazelles dorcas sont relativement corrects comparativement à la taille importante de la zone échantillonnée, bien que les données pour le bloc Termit doivent être considérées avec précaution en raison du caractère accidenté du terrain.
En conséquence, il semble que l’estimation des gazelles dorcas ne soit pas tout à fait fiable car probablement sous-estimée pour cette partie. En effet elles peuvent facilement se dissimuler à la vue des observateurs de part la végétation dans le massif et la complexité de sa structure.
Trois méthodes d’estimations ont été présentées pour l’addax dans le Tin Toumma en raison du faible nombre de données pour cette espèce clé qui nécessite donc d’approfondir au maximum les différentes options existantes quant à son estimation. L’analyse considérant uniquement les deux groupes vus au sein du transect, nous donne une estimation pour l’ensemble de la zone survolée de 250 individus mais avec un intervalle de confiance très peu fiable. Cependant cette méthode nous prive des autres disponibles, en l’occurrence de 6 autres groupes vus en dehors du transect depuis l’avion et de 3 groupes recensés par l’équipe au sol. Certes en considérant les groupes au-delà de 500 mètres, il existe la possibilité de créer un léger biais dans l’estimation de la moyenne des groupes. En effet, à partir d’une certaine distance seuls les groupes d’une taille importante et comprenant de nombreux individus sont susceptibles d’être perçus.
En incorporant dans ce cas des observations additionnelles, il en résulte une diminution de la population estimée pour l’addax mais avec un ajustement des limites pour l’intervalle de confiance associé à un jeu de données plus grand. C’est pourquoi, étant donné l’enjeu de conservation concernant cette population, chaque observation apporte un degré d’information supplémentaire même si cela se fait au détriment des conditions exigées par la méthodologie employée. La principale information qui doit ressortir des analyses pour l’estimation des effectifs de population d’addax réside dans le fait que se situe à un niveau très similaire de celle estimée en 2004, voire a légèrement augmentée avec une population de 200 individus ce qui constituerait une évaluation raisonnable pour la conservation.
4 - Conclusion
Dénombrement et échantillonnage
- Tous les objectifs majeurs du recensement ont été atteints
- l’orientation des transects fut efficace en permettant de minimiser les temps de vols entre les différents transects, en apportant une bonne couverture générale de la zone d’intérêt mais a souffert de variations non négligeables quant aux conditions d’observation sur les tronçons opposés en raison du vent.
- L’échantillonnage par transect n’est pas approprié pour l’estimation des effectifs de faune sauvage dans le massif de Termit.
Activités anthropiques
- Le recensement a mis en évidence la distribution des groupes semi-nomades le long d’un axe situé à l’ouest du massif.
- La population du cheptel camelin excède probablement 7000 à 8000 dromadaires avec un nombre important d’individus près du massif mais utilisant les pâturages dans la bande de transition Sahel – Sahara au sud de la latitude 16.15° nord.
- La présence d’indicateurs d’exploitation pétrolière dans les parties centrale et orientale du Tin Toumma met en exergue la nécessité de transparence quant aux plans d’exploitation pétrolière du Niger par l’Etat et le besoin d’impliquer le projet ASS à l’avenir dans le choix de gestion de l’espace.
- Une petite population de petits ruminants composée essentiellement de chèvres et de quelques moutons, ânes et au moins un groupe de chevaux est étroitement associée à la répartition des camps dans le massif. Il est fort possible que cette population ait été sous-estimée lors du recensement étant donné la méthodologie mise en place non adaptée à la structure du massif de Termit.
- Des crânes et ossements de mouflons à manchette fraîchement abattus ont de nouveau été constatés dans le massif de Termit, témoignant d’une activité de braconnage toujours en cours pour cette espèce.
Faune sauvage
- La population de gazelles dorcas a été estimée dans la zone à environ 3000 individus, répartis essentiellement à travers la bande sahélienne associée à une forte présence d’arbres. Au sein du massif, on constate des indications d’observations importantes dans la frange septentrionale du massif. Mais cette zone comparée au reste du massif est beaucoup plus ouverte, elle facilite donc les conditions d’observations qui ne furent pas idéales dans les autres parties. Il est par conséquent fort probable que la taille de la population dans le bloc massif de Termit ait été fortement sous-estimée. D’où l’importance de mettre en place une méthodologie adéquate dans le massif de Termit pour l’estimation des effectifs de population de faune sauvage. On répétera également que ces estimations prévalent à une époque de l’année et ne peuvent en aucun cas être considérées comme inamovibles.
- Le recensement a démontré l’existence d’une population dynamique d’environ 200 addax évoluant au sein du complexe Termit – Tin Toumma avec des mises bas durant l’été en relation avec une stratégie de reproduction liée avec la disponibilité des ressources.
- En comparaison avec le recensement aérien de 2004, il semblerait que la population se soit maintenue voire ait légèrement augmentée.
- Les groupes d’addax observés lors de ce recensement se distribuent le long d’une bande étroite nord-est – sud-ouest coïncidant avec un milieu ouvert et des aires de bons pâturages à Stipagrostis et Cornulaca, loin des routes caravanières et des points d’eau.
- Le recensement aérien n’a pas été couronné de succès concernant l’observation des mouflons à manchette mais les évidences acquises au sol confirment sa présence dans le massif de Termit.
- Le fait de ne pas avoir pu déceler la présence de gazelles dama depuis les airs renforce la préoccupation déjà existante concernant cette espèce.









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