
La région du massif de Termit et de ses alentours est peuplée de pasteurs nomades Toubous, Touaregs, Peuls et Arabes qui se sont retrouvés sur une même zone géographique à la suite de mouvements migratoires successifs. Ce partage des ressources résultent d’une abondance aujourd’hui disparue. La recherche de pâturage, la concurrence entre les espèces élevés mais surtout le besoin d’eau croissant ont modifié les règles et les uses provoquant parfois des conflits d’usage complexe.
Peuplements de la région de Termit/Tin Toumma
Dans la région de Termit/Tin Toumma, les populations d’éleveurs sont constituées majoritairement de Toubous (Téda, Dazza, Azza), mais également de Touaregs, d’Arabes et de Peuls. La zone autour du massif de Termit a connu plusieurs peuplements successifs dont le dernier en date est celui des Toubous, originaires du massif du Tibesti au Tchad. En simplifiant, du nord-ouest au sud-est de la région de Termit/Tin Toumma, on trouve les Toubous Téda, les Toubous Dazza. Les Touaregs occupent l’extrême ouest de la zone d’intervention, les arabes se trouvent un peu partout (sauf à l’extrême nord). Les Peuls et les Azzas sont très au sud. Les populations qui sont le plus au nord élèvent presque exclusivement des dromadaires, avec, en complément quelques petits ruminants (ânes et chèvres généralement). Au fur et à mesure que l’on descend vers le sud, vers des climats un peu moins secs et des pâturages plus abondants, le cheptel peut se diversifier (moutons, bœufs). Toutes ces communautés sont, à l’origine, des populations d’éleveurs/guerriers et le partage actuel du territoire résulte de leurs histoires croisées, des conquêtes et longues migrations.
Elevage en zone pastorale : à la recherche des ressources
Dans les zones pastorales, le mode de vie des éleveurs (nomadisme ou semi-nomadisme) est conditionné par la double contrainte du besoin en eau et du besoin en pâturages pour leur cheptel.
Dans ces zones sahélo-sahariennes, les pluies ne tombent réellement que pendant 2 à 3 mois de l’année, entre juillet et septembre. Les précipitations sont faibles (moyenne annuelle à Tesker, au sud de la zone d’intervention du projet : 108 mm), aléatoire dans le temps et dans l’espace : les averses sont très localisées et varient fortement en quantité d’eau et en localisation d’une année sur l’autre.
C’est pendant cette période de pluie que l’herbe pousse et que les pâturages se constituent pour l’année à venir. Leur distribution géographique est donc limitée et dispersée. La mobilité des animaux (et donc des hommes) devient une obligation.
Les axes de migration ne sont pas les mêmes selon les saisons. Il existe grosso modo 3 saisons et leurs périodes de transition : une saison des pluies, une saison sèche et froide, une saison sèche et chaude.
En tout début de saison des pluies, les éleveurs de la zone de Termit/Tin Toumma descendent vers le sud à la recherche des premiers pâturages. En saison sèche et froide, les animaux remontent vers le nord, dans des zones plus désertiques où poussent certaines plantes particulièrement nutritives (Cornulaca monacantha notamment, consommée également par les Addax). En dehors de ces deux mouvements migratoires, les éleveurs sont généralement autour d’un puits que l’on nomme « puits de saison sèche ».
En parallèle de cette recherche de pâturage, le besoin en eau conditionne également les déplacements.*
Les besoins en eau des animaux varient en fonction :
- de la température extérieure : ils boivent moins en saison froide
- de la qualité des pâturages : la végétation qui compose les pâturages en saison des pluies ou en début de saison froide est jeune, nutritive et contient une quantité importante d’eau
- du type de bétail : les dromadaires ont besoin résistent mieux à la sécheresse que les petits ruminants.
De ces besoins naît une dépendance aux puits pour abreuver le cheptel.
- En saison des pluies, grâce aux mares temporaires qui se forment un peu partout, le bétail peut s’éloigner du puits pour pâturer.
- En saison froide, les animaux ont moins besoin d’eau et en satisfont une partie de au travers des plantes qu’ils broutent. C’est pour cette raison que les dromadaires peuvent aller dans les pâturages du nord, où il n’y a pas de puits.
- En saison sèche, les pâturages sont secs et peu nutritifs et la température extérieure est élevée. Les animaux ne s’éloignent pas trop du puits et ont besoin de grande quantités d’eau.
De toutes ces contraintes, il résulte un mode d’élevage extensif et mobile. Les ressources sont nécessairement partagées car tout éleveur sait que s’il refuse l’accès au puits à un autre éleveur, il sera lui-même un jour dans la position de demandeur (principe de réciprocité), mais les tensions entre communautés existent. Le système de régulation d’accès aux ressources est complexe. Si les territoires, ne semblent pas vraiment définis par des limites précises, ils existent, marqués notamment par les puits traditionnels (propriété privée).
Maillage administratif, infrastructures
A tout cela s’ajoute le découpage administratif, régional, départemental et, depuis peu, communal.
La zone d’intervention du projet ASS concerne principalement 2 régions (Zinder et Diffa), 2 départements (Gouré et N’guigmi) et 2 communes (Tesker et N’gourti).
Ce sont les communes qui ont hérité de la compétence de gestion des ressources naturelles. Mais la décentralisation est récente (2001), et il faudra un peu temps pour que ces nouvelles communes puissent fonctionner de manière autonome. D’autant plus qu’elles ont de vastes territoires (1,5 et 2 fois le Togo) désertiques dans lesquels il est difficile d’agir sans un minimum de moyens.
Avec ce nouveau découpage s’en est suivi un flou sur les rôles de chacun : le rôle de la commune, du maire et du conseil municipal, le rôle du chef de poste administratif (représentant de l’Etat sous l’autorité du préfet), celui des chefs traditionnels de chaque communauté. Il a été nécessaire d’expliquer que tous ces niveaux étaient complémentaires et non concurrentiels, mais la sensibilisation n’est pas terminée.
Etant donné l’étendue de ces communes, leur faible densité de population et leur difficulté d’accès, les principales infrastructures (santé, éducation) se trouvent dans et au sud des villages de Tesker et N’gourti. Toute la partie septentrionale de ces communes, particulièrement difficile d’accès, est donc très isolée et peu pourvue en structure de santé ou en écoles. Il en résulte une inégalité d’accès aux services de base.
Tous ces niveaux d’analyse du territoire s’entrecroisent et tous sont à prendre en compte pour les futures actions à mener, que ce soit au niveau de la conservation ou au niveau développement.
Références Gentil, Herbreteau ; 2006 ; Etude des pratiques d’élevage et mode d’accès aux ressources hydriques et fourragères dans la communauté Téda, Massif de Termit, Niger ; CNEARC, AVSF.









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