
A l’image de l’Aïr, du Hoggar et du Tibesti, le massif de Termit où s’adosse le désert du Tin Toumma est une région sahélo-saharienne les plus riches en biodiversité. Mélange de sables et de roches noircies par le soleil il offre un refuge pour une faune et flore méconnue.
© Vincent Turmine
Située au Centre Est du Niger, la zone du Termit Tin Toumma s’étend d’est en ouest d’Agadem aux piedmonts de l’Aïr (Bargot). Du Nord au Sud, cette région aride est délimitée par L’erg de Bilma et l’erg du Ténéré au Nord, et au Sud par la bande sahélienne située à la lattitude de Tesker. Cette région associe Massif de Termit, erg de Bilma, désert du Tin Toumma, les dilias et la bande sahélo-saharienne majoritairement steppique. Couvrant une superficie supérieure à 100 000 km², cette région est habitée par une population nomade estimée à 2000 personnes.
L’isolement et l’immensité de la zone étudiée par le Projet Antilopes Sahélo-Sahariennes se traduit par une richesse faunistique importante et une diversité des paysages extraordinaire pour un milieu désertique.
Le Sahara est un vaste bouclier continental relativement stable qui a persisté durant l’ensemble des époques géologiques. Il a reçu divers dépôts primaires surtout gréseux et a été ensuite exondé, pour n’être recouvert à nouveau que par la mer crétacée qui a laissé de très importants dépôts calcaires. A partir du Tertiaire se sont accumulés surtout des sédiments continentaux. Enfin, au Quaternaire des fractures ont donné naissance à des éruptions, de sorte que le Sahara comporte de grands affleurements cristallins constituant des massifs étendus (Hoggar, Aïr, Tibesti et Termit) (Ozenda, 1991).
Le Massif de Termit est un horst en bordure du rift crétacé du Niger oriental (Bellion, 1987). Un volcanisme d’âge miocène moyen à pliocène souligne ses structures au Nord du massif. Celles-ci se composent d’une alternance de grés et de kaolinite à la base, d’une strate de kaolinite et d’alunite altérées et une strate superficielle de grés grossiers et grés argileux ferrugineux. La morphologie actuelle et l’allure festonnée du massif résultent de mouvement tectoniques du Quaternaire ancien, d’une altération hydrique d’une période quaternaire plus humide ayant donné lieu à la formation de vallées fossiles adjacentes au massif.
Cependant, l’activité éolienne domine et les formes du relief actuel de la zone étudiée sont soumis à l’influence des vents majoritairement orientés NE - SW. On distingue donc deux ensembles géomorphologique distincts :
Le premier ensemble (dunes), très prédominant du paysage de la zone, forme un plateau dunaire dont l’altitude est comprise entre 300 et 500 m (Servant, 1973). On y trouve des dunes mortes ou fixes au sud et des dunes vives au nord. Cette différentiation est importante car il y a une grande différence entre les sables fixes qui caractérisent les semi21
déserts et les sables vifs, mobiles spécifiques des déserts (Demangeot, 1981). De nombreuses dépressions interdunaires fermées et peu profondes, dénommées cuvettes, parsèment ce plateau dunaire. Ce dernier est entaillé de grandes vallées fossiles (cours d’eau fossile) appelées dilia qui s’étendent sur des centaines de mètres voire plusieurs kilomètres de large. Le vent a joué un rôle important dans la morphologie de ce paysage de même que les précipitations même si elles sont généralement faibles.
Le second ensemble est le massif rocheux atteignant 732 m d’altitude à son point culminant, raviné, déchiqueté et aux pentes plus ou moins raides. Les versants extérieurs du massif sont raides et prolongés par un large plan incliné en pente douce (glacis) qui est une surface d’érosion. Des reliefs isolés émergent des marges du massif par endroits. Ces reliefs
hauts d’une centaine de mètres au maximum sont les témoins de l’érosion et des apports éoliens dans la partie orientale du massif qui les recouvrent petit à petit pour donner un paysage intermédiaire entre dune et massif.
Ce domaine est assez mal connu aujourd’hui. Hormis les missions de Quechon et Roset dans les années 70 et 90, aucun spécialiste n’est venu explorer les caractéristiques archéologiques du Massif de Termit et de ses alentours.
Reconnue pour la présence de gisements d’ossements de dinosaures, cette région possède un patrimoine archéologique intéressant.
On peut présumer que certains sites ateliers remarquables du néolithique ainsi que des gravures rupestres peuvent être mis à jours si les moyens nécessaires sont mis en oeuvre à cet effet. Il existe des gravures rupestres répertoriées non loin des puits de Termit Nord, Dao Dimmi, vers Fachi (nord de la falaise Dogonboulo) ainsi qu’à Dibella (Quéchon & Roset, 1974), mais il est possible que d’autres sites encore inexplorés puissent abriter des gravures. Pour preuve, le projet ASS a découvert récemment un site non référencé à ce jour au nord du puits de Dongoumi.
Les sites d’Egaro et du massif de Termit sont parmi les plus anciens de l’âge du fer sur le continent africain (3 000 et 2 000 ans avant JC, d’après Quechon et Roset, 1974). On précisera également que le massif de Termit et le désert du Tin Toumma sont traversés par la route du sel qui fait à l’heure actuelle l’objet d’une procédure de classement par le centre du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les différents oasis qui bordent la route du sel font de la région de Termit une place multi-culturelle nomade. Ainsi, Les Toubous, groupe majoritaire, cotoient Touaregs, Arabes et Peuls. Le mode de vie des Toubous diffère légèrement de celui des Touaregs mais jusqu’à aujourd’hui n’a que très peu été étudié. A l’instar de celui des Touaregs, il représente une adaptation remarquable aux conditions désertiques. On notera que la distribution spatiale parmi les différents groupes Toubous (Teda, Daza et Azza) et les autres communautés de la région répond à des besoins précis autour des ressources naturelles et est le résultat d’un long processus où s’entremêlent culture, histoire et disponibilités des ressources en fonction des aléas climatiques.
Les sociétés nomades effectuent de nombreuses transhumances avec leurs animaux à la recherche de pâturage. Les axes de déplacements sont ancestraux, avec des campements relais et des points d’approvisionnement en nourriture. Ces transhumances seront perturbées en certains points par l’activité pétrolière et la présence de l’oléoduc, nécessitant de trouver des compromis entre les acteurs concernés.
L’espace pastoral, tout comme les habitats favorables à la présence de faune, se réduisent avec l’extension des activités pétrolières, situées dans des zones de bons pâturages. Une conciliation s’avère nécessaire afin d’éviter les conflits d’intérêts entre acteurs.
Les populations locales ont largement mis en avant leur volonté de maintenir les activités d’élevages telles qu’elles existent aujourd’hui. Alors que l’avènement d’une aire protégée dans la zone leur garantit cet aspect, l’exploitation pétrolière peut générer des perturbations économiques importantes à court et moyen termes. Des expectatives trop importantes pourront surgir surtout de la part des jeunes générations, entraînant dans un premier temps un abandon des pratiques ancestrales de l’élevage au profit d’activité motivée par l’appât de gains à court terme. Si aucune mesure n’est prise, la société nomade risque d’être amputée d’une génération, celle des années pétrole, incapable de retourner au mode de vie classique basé sur la transhumance.









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